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La lutte contre réchauffement climatique en Afrique : quelles solutions ?

Inondations, sécheresses, invasion de criquets pèlerins, les impacts du changement climatique touchent durement l’Afrique et menacent l’économie, la sécurité alimentaire et la santé de cette région déjà fragile. Les pays africains se doivent donc de mettre en œuvre des stratégies afin de faire face aux conséquences considérables de la crise climatique. Quelles solutions s’offrent à eux pour lutter contre le changement climatique?

L’atténuation et l’adaptation au changement climatique

La lutte contre le changement climatique s’articule autour de deux approches : l’atténuation, c’est-à-dire l’ensemble des actions prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et donc les changements climatiques à venir, et l’adaptation qui concerne les mesures pour faire face aux impacts présents et futurs des changements climatiques.

Si plusieurs études présentent les synergies possibles entre ces deux stratégies, il est important de les considérer séparément car elles opèrent avec des échéances et des échelles différentes. Quand l’atténuation vise le long terme et l’échelle mondiale, l’adaptation porte sur le court terme et l’échelle locale.

Contrairement à la plupart des pays du monde qui s’efforcent de réduire leur empreinte carbone comme mesure d’atténuation du changement climatique. La démarche est différente en Afrique où le but est de faire face aux effets liés au climat tout en ayant un développement économique efficace et le minimum d’émissions de carbone.

Quelles sont donc les stratégies d’adaptation et d’atténuation au changement climatique en Afrique ? Comment peuvent-elles être mises en place concrètement ?

1. Assurer la sécurité alimentaire

Plus de la moitié des africains dépendent de l’agriculture mais les épisodes climatiques extrêmes frappent de plein fouet les cultures et l’élevage, mettant en péril la sécurité alimentaire de millions d’habitants. Dans ses dernières études, le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) prévoient des scénarios de réchauffement du climat qui risquent d’avoir des effets dévastateurs sur la production agricole et la sécurité alimentaire en Afrique si rien n’est fait.

S’appuyant sur les Objectifs de Développement Durable (ODD), de plus en plus de pays africains se tournent vers des projets d’agriculture intelligente face au climat (AIC) pour améliorer la résistance au changement climatique des agriculteurs. L’AIC cherche une augmentation de la productivité tout en limitant les rejets de carbone.

Elle est basée sur le développement de techniques climato-intelligentes comme :

  • L’exploitation des informations météorologiques afin d’aider les agriculteurs à utiliser plus judicieusement l’eau
  • Le déploiement de variétés agricoles résistantes à la sécheresse
  • La sensibilisation des agriculteurs qui sont malheureusement peu informés de l’existence de ces technologies ou qui y ont difficilement accès faute d’infrastructures en zone rurale
  • Le renforcement des aides publiques et des financements pour le développement de l’agriculture intelligente face au climat

La promotion de systèmes agros-sylvos-pastoraux est aussi une excellente occasion d’atténuer le changement climatique. En effet, cette pratique simultanée de l’agriculture, la plantation d’arbres et l’élevage, permet de récupérer une terre plus fertile tout en assurant l’alimentation du bétail.

A Djibouti, le 09 Novembre 2020, le ministère de l’Urbanisme, de l’Environnement et du Tourisme avec le soutien du PNUD et du Fonds pour l’Environnement Mondial, a lancé un projet d’adaptation aux changements climatiques à Djibouti. Ce projet intitulé « Gestion durable des ressources en eau, pâturages et périmètres agro-pastoraux dans le bassin versant de Cheikhetti Wadi » a pour but d’augmenter la résilience des communautés rurales face aux impacts du changement climatique.

Atelier de lancement du projet avec les représentants du ministère djiboutien et du PNUD

Il s’inscrit dans le Plan National d’Adaptation (PNA) établi par la Conférence des Parties à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) en 2010. Ce programme veut aider les pays en développement dans la planification de leur adaptation au changement climatique et a été adopté par les pays africains dont Djibouti

Selon les experts du climat, toutes ces méthodes de gestion durable des terres se révèlent essentielles et peuvent, si bien appliquées, contribuer à la durabilité environnementale, sociale et économique.

2. Protéger les terres et la biodiversité

Les forêts sont le refuge d’une biodiversité incroyable et protègent l’approvisionnement en eau. Elles piègent et stockent également le dioxyde de carbone, jouant un rôle essentiel dans l’atténuation du changement climatique. Lorsqu’elles sont coupées ou dégradées, elles se transforment en une source d’émissions de gaz à effet de serre en libérant le carbone stocké.

Avec 11% des émissions mondiales de gaz à effet de serre qui sont liées à la déforestation, la lutte pour la préservation des forêts est essentielle pour atténuer les émissions mondiales et le changement climatique.  

C’est dans ce cadre que les parties à la CCNUCC ont créé une initiative appelée REDD+, à savoir la « réduction des émissions résultant de la déforestation et de la dégradation des forêts dans les pays en développement, et le rôle de la conservation, la gestion durable des forêts et l’amélioration des stocks de carbone forestier dans les pays en développement ».

Les projets de REDD+ aident les communautés locales à protéger leurs forêts tout en développant des activités économiques durables grâce à elles. Parmi les activités de ce programme coordonné par la Banque Mondiale, on retrouve :

  • L’aménagement du territoire, la création d’aires protégées et leur surveillance pour lutter contre la déforestation ;
  • La création de nouveaux puits de carbone par le reboisement. Cela a également un impact important sur la diminution de l’érosion et par conséquent la diminution des émissions de gaz à effet de serre contenus dans les sols ;
  • Le soutien des communautés dans le développement d’activités pour subvenir à leurs besoins sans déboiser les forêts. Cela passe par des projets comme l’éco-tourisme qui en combinant tourisme et gestion des aires naturelles protégées, génère un apport économique aux communautés locales.
 Parc du Pendjari au Bénin, classé patrimoine mondiale de l’Unesco et ouvert à l’écotourisme

Tout comme les forêts, les zones côtières sont affectées par le changement climatique. A Djibouti, les mangroves et les récifs coraliens subissent de graves dommages avec l’élévation du niveau de la mer et la hausse des températures. Dans le cadre du Plan National d’Adaptation évoqué plus haut, le pays a entrepris des mesures de protection et d’adaptation pour ses zones côtières.

La résilience des africains face au changement climatique implique ainsi une meilleure gestion de l’environnement et de la biodiversité.

3. Assurer la sécurité énergétique

Foyer éclairé avec une lampe à pétrole – Image du net

Près de 600 millions d’africains n’ont toujours pas accès à l’électricité. Les pays restent encore très dépendants des énergies fossiles qui en plus d’être chères, ont un impact désastreux sur l’environnement. En 2018, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) préconisait une augmentation de la part des énergies renouvelables dans la production électrique de 20 à 70% d’ici 2050 dans l’espoir de contenir la hausse des températures mondiales en dessous des 1,5°C.  Les énergies renouvelables se retrouvent désormais au centre des solutions pour lutter contre le changement climatique.

En Afrique, malgré un potentiel important, les sources d’énergies renouvelables demeurent sous-exploitées. Pourtant face à l’épuisement programmé des énergies fossiles et au changement climatique, la transition vers les énergies renouvelables est devenue une nécessité. Pour aspirer à un développement socio-économique durable et à la résilience face aux défis imposés par le dérèglement climatique, les pays africains doivent assurer la sécurité énergétiques de ses populations. Et ils peuvent y arriver par le développement de ces sources d’énergie renouvelable qui offrent de nombreux avantages comme :

  • Une autonomisation énergétique car beaucoup de pays dépendent des combustibles fossiles importés, les exposant à la volatilité des coûts du carburant 
  • Le développement d’activités économiques pour lutter contre la pauvreté et le chômage, car les énergies renouvelables offrent un potentiel d’emploi local considérable
  • Une contribution conséquente aux efforts d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre dans le cadre des Objectifs de Développement Durable.

Les pays africains commencent à prendre conscience des différents moyens de profiter de cette ressource abondante et élaborent des stratégies et des programmes, visant à accroître significativement la part des énergies renouvelables. En 2020, presque 20% de la production électrique proviendrait des énergies renouvelables au Maroc et au Kenya c’est près de 70 % des capacités électriques du pays installées qui proviennent de sources renouvelables.

À Djibouti aussi, le gouvernement est engagé à augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique. Le pays importe actuellement 80% de son électricité de l’Ethiopie mais mise sur l’énergie géothermique, le solaire et l’éolien pour amorcer sa transition énergétique. En Juin 2019, un accord préalable de construction d’une centrale solaire 30 MWc a été signé entre Djibouti et le géant français Engie. Le 11 Novembre 2020, le gouvernement Djiboutien a affecté une parcelle de terrain au Grand Bara au Ministère de l’Energie, chargé des ressources naturelles pour construire la centrale.

En Octobre 2020, le gouvernement djiboutien a donné son aval à la construction d’un autre parc mais éolien cette fois-ci. Situé au Ghoubet et d’une capacité de 59 MW, il sera construit par Siemens Gamesa.

Lancement des travaux de construction de la centrale éolienne de Ghoubet – photos de Siemens Gamesa Africa

Cependant, alors que les pays africains tentent de lutter contre le changement climatique, l’accès au financement de l’action climatique reste l’un des plus importants obstacles à franchir.

4. Améliorer les financements

Les pays africains rencontrent des difficultés pour mobiliser des financements internationaux et nationaux en faveur de la lutte contre le changement climatique. Selon la Banque Mondiale, les niveaux actuels de financement de l’adaptation en Afrique s’élèvent à environ 3 milliards de dollars par an, ce qui reste insuffisant pour les besoins actuels.

Parmi les raisons qui freinent l’accès au financement climatique, il y’a la part du budget national pour le climat qui est toujours faible. Le manque de politique et de cadres juridiques claires portant sur le changement climatique n’arrange pas les choses. De plus, beaucoup ne comprennent pas encore que la lutte contre le changement climatique ne se limite plus désormais à une problématique d’ordre environnemental mais s’inscrit dans une vision plus large. Les objectifs environnementaux sont désormais liés au développement socio-économique des pays. Les pays africains se doivent d’accroitre leur financement publique pour pallier aux besoins de leurs pays.

Selon Pierre Radanne, expert en politique énergétique, « les bailleurs de fonds considèrent souvent que mettre de l’argent dans des projets en Afrique, ça ne va servir à rien, parce que les projets vont échouer. Il y a eu de telles contre-performances dans le passé ». Il est donc impératif d’instaurer un climat de confiance afin d’attirer les investissements du secteur privé.

Obtenir pour l’Afrique une meilleure reconnaissance politique sur la plate-forme des négociations internationales en faveur du climat semble de même indispensable. En effet, les pays africains subissent les conséquences du changement climatique sans en être les premiers responsables et sont souvent en marge des décisions mondiales prises pour le climat.

Représentants africains à la COP 25 à Madrid

« L’Afrique a besoin des moyens de mise en œuvre », a déclaré Tosi Mpanu Mpanu Mpanu, négociateur en chef du Groupe Afrique, lors d’une conférence de presse de la COP25 à Madrid.

Ses propos ont été tenus au moment où de nombreux pays africains pauvres s’inquiétaient du fait qu’ils n’avaient pas reçu le financement promis par les pays riches et que les fonds mis à leur disposition par les organismes internationaux étaient difficilement accessibles.

Une meilleure implication dans les décisions pour la lutte contre le réchauffement climatique et le renforcement d’une coopération entre les différents pays d’Afrique permettraient ainsi de mieux négocier les financements et de faire peser leurs voix.

D’après les experts en développement du continent, une approche verte et écologique est la voie que doit emprunter l’Afrique pour s’industrialiser. Les gouvernements africains semblent tous d’accord avec ce constat et reconnaissent l’importance d’intégrer la dimension climatique dans leurs politiques de développement socio-économiques. Il reste cependant énormément d’efforts à accomplir pour préparer et améliorer la résilience des africains face aux risques environnementaux et sociaux liés au changement climatique.

3 réflexions sur “La lutte contre réchauffement climatique en Afrique : quelles solutions ?”

  1. Très intéressant…l’Afrique n’est pas exclu. Nous contribuons même si c’est minime et puis nous en payant les conséquences tout simplement parce que le réchauffement est universel 😔

  2. Abdoulrahim Mohamed Kamil

    Oui,je suis vraiment d’accord par tt ce que vs avez souligné ci-dessous mais franchement parlant tt les réunions du cop 21 ,22,23ect… C’est juste pour trompe les africains que nous sommes parceque depuis très longtemps nous avons eu le consensus international de loi polluant payant et tt les pays industrialisés tel que la Chine ,état-unies ne sont payés jusqu’à présent alors moi je dirais que la pollution et le développement industriel vont paires ….

    1. Bonjour, je comprends que le plus important pour l’Afrique soit un développement rapide et croissant sans tenir compte de l’environnement. Mais je crois qu’il y’a une solution pour allier les deux : un développement vert avec le développement des énergies, le renforcement de l’économie circulaire, une agriculture locale…pour être indépendant et être résilient au changement climatique.

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